Une jeunesse connectée, exigeante et mobilisée surgit sur la scène politique mondiale. Baptisée « Gen Z », elle manifeste du Népal à Casablanca, bousculant les hiérarchies, dénonçant les inégalités, et forçant les gouvernants à réagir. Que sont ses origines, et pourquoi fait-elle trembler le pouvoir ?
Des manifestations qui s’organisent à partir des réseaux sociaux
Depuis 2022, une vague de soulèvements sociaux portée par des jeunes nés entre 1997 et 2012 traverse les pays du sud global. Le mouvement, baptisé « Gen Z », s’est initialement illustré au Sri Lanka, où des manifestants ont réussi à renverser le clan Rajapaksa. En 2024, les jeunes Bangladais ont précipité la chute de leur Première ministre, et début septembre 2025, le gouvernement népalais s’est effondré sous la pression d’une contestation éclair menée par cette même jeunesse.
À Madagascar, la mobilisation a pris un tournant dramatique. Les protestations ont fait au moins 22 morts. Les manifestants dénoncent les coupures d’eau, les coupures d’électricité, et l’absence de réformes. La revendication est désormais claire : obtenir la démission du président Rajoelina. Le poids de la jeunesse y est démographique autant que politique, avec près de 70 % de la population âgée de moins de 30 ans selon l’UNICEF.
Le Maroc vit une situation similaire. Depuis mi-septembre, le collectif GenZ 212 organise des manifestations dans plusieurs villes du pays, appuyé par une communauté de 150 000 membres sur Discord. Les protestations ont débuté après la mort de huit femmes enceintes à l’hôpital d’Agadir. Le message répété dans les rues est sans ambiguïté : « Nous voulons des hôpitaux, pas seulement des stades ». Le contraste entre les investissements pour la Coupe du monde 2030 et la précarité des services publics alimente une colère palpable.

Les jeunes manifestants marocains se définissent comme « apolitiques » mais engagés. Ils agissent « par amour de la patrie et du roi », et exigent la dissolution du gouvernement pour son « échec à protéger les droits constitutionnels ». Le mouvement adopte un emblème symbolique : le drapeau pirate du personnage Luffy dans le manga One Piece, devenu une icône de résistance contre l’autoritarisme dans plusieurs pays.
Du bureau à la rue : La Gen Z redéfinit les règles du jeu
Les revendications de la Gen Z ne se limitent pas à la sphère politique. Sur le plan professionnel, un rejet massif du surinvestissement émerge. Selon une enquête de Capital, cette génération refuse les heures supplémentaires non rémunérées, le travail après les horaires officiels, et la pression implicite à « rester tard » pour montrer son engagement.
Sur TikTok et autres plateformes, des vidéos virales dénoncent une culture jugée obsolète : celle du sacrifice personnel au nom de la performance. Pour Sophie, étudiante de 18 ans, « 17h, c’est 17h. Si j’ai terminé ma journée, je ne vois pas pourquoi je resterais plus longtemps ». Une autre jeune femme, Céline, affirme : « Il ne faut pas gâcher sa vie à faire plus pour se faire bien voir de son patron ». Ce discours met en lumière un fossé générationnel profond.
Les gouvernements réagissent diversement à cette fronde. Au Maroc, la situation s’est envenimée : deux morts ont été recensés lors d’une tentative de prise d’un poste de police, 409 arrestations ont eu lieu, et des dizaines de véhicules incendiés. Si les autorités affirment avoir agi « en légitime défense », les images de répression ont nourri le ressentiment.
Certains dirigeants tentent de calmer les tensions par la voie institutionnelle. Le gouvernement marocain a promis l’ouverture d’un dialogue avec la jeunesse, et le président malgache a dissous son gouvernement. Mais ces mesures suffisent-elles à répondre à une génération qui conteste non seulement des politiques, mais aussi des systèmes entiers de fonctionnement ?
Loin de s’essouffler, le mouvement Gen Z s’étend. À mesure qu’il se propage, il s’enrichit d’expériences, de revendications et de symboles partagés. Il agit sans leader, mais avec une cohérence frappante. Il exige plus qu’un changement de figures : une révision des priorités sociales, économiques et culturelles.
L’émergence de la Génération Z comme force contestataire n’est pas un épiphénomène. Sa jeunesse numérique, sa démographie massive et son langage transnational redessinent les frontières de la mobilisation. Qu’elle réussisse ou non à transformer durablement les systèmes, son irruption marque déjà un tournant politique. Les gouvernements qui la sous-estiment pourraient bien en faire les frais.




