L’enseignement supérieur marocain entre en grève et ne le fait pas seul. En rejoignant le mouvement de la GenZ 212, les enseignants affirment une solidarité nouvelle qui dépasse les murs des universités. Cette convergence marque un tournant inédit dans les mobilisations sociales du pays.
Un front commun entre syndicats et jeunes contestataires
Le Maroc a vu émerger ces derniers jours un mouvement de grève dans le secteur de l’enseignement supérieur. Le Syndicat national de l’enseignement supérieur (Snesup) a lancé un mot d’ordre pour deux jours de mobilisation, les 7 et 8 octobre. Ce mouvement n’est pas isolé. Il s’inscrit dans une dynamique plus large, celle de la GenZ 212, un collectif de jeunes Marocains qui fait entendre sa voix depuis plusieurs semaines.
La GenZ 212, largement mobilisée sur les réseaux sociaux, réclame une réforme en profondeur du système éducatif, un accès élargi aux soins de santé, et une meilleure répartition des ressources publiques. Son mot d’ordre “des stades, mais pas d’hôpitaux” résume bien le sentiment général de frustration vis-à-vis des investissements jugés déconnectés des priorités sociales.
En s’alliant à ce mouvement, le Snesup dépasse les revendications strictement professionnelles. Il soutient une jeunesse souvent perçue comme désengagée, mais qui, cette fois, revendique de façon structurée et visible. La grève universitaire devient ainsi un geste à double portée : défendre les conditions de travail des enseignants et appuyer une critique globale du modèle de développement actuel.
Une critique sociale plus large sur fond d’inégalités éducatives
Au-delà du symbole, cette alliance intergénérationnelle pose la question des priorités nationales. Le collectif GenZ 212 remet en cause les choix budgétaires récents, notamment les investissements massifs dans les infrastructures sportives comme les stades, alors que de nombreuses régions manquent d’écoles équipées ou de centres de santé fonctionnels. La grogne ne vise pas uniquement le présent, mais anticipe un avenir que la jeunesse perçoit comme incertain.
Dans les universités, les problèmes sont connus : surcharge des effectifs, manque de ressources pédagogiques, précarisation des enseignants chercheurs. La mobilisation du Snesup s’appuie sur cette réalité quotidienne, mais trouve dans la GenZ un écho nouveau, une caisse de résonance qui redonne du poids aux luttes anciennes.
Cette jonction pourrait inaugurer une nouvelle phase des mouvements sociaux au Maroc. Si les jeunes prennent la rue et que les institutions universitaires leur tendent la main, le message envoyé aux autorités est plus difficile à ignorer. Reste à savoir si d’autres secteurs de la société — lycées, santé, fonction publique — suivront ce modèle d’unité revendicative.




