Le colonel Michael Randrianirina a été investi président de la Refondation ce vendredi 17 octobre 2025, un tournant politique majeur à Madagascar. Cette transition s’est opérée sous la pression constante d’une jeunesse mobilisée, la Génération Z, qui a contraint l’ancien président Andry Rajoelina à fuir le pays. Ce soulèvement, inédit dans sa forme et son ampleur, rebat les cartes du pouvoir sur la Grande Île.
Le colonel Randrianirina, nouveau visage du pouvoir
Le vendredi 17 octobre, le colonel Michael Randrianirina a prêté serment comme président de la Refondation. Cette investiture a été validée par la Haute Cour constitutionnelle, bien que toutes les institutions du régime précédent : Sénat, Cour constitutionnelle, commission électorale, aient été suspendues, à l’exception notable de l’Assemblée nationale.
Dans son discours inaugural, Randrianirina a rejeté l’idée d’un coup d’État. Il a présenté sa nomination comme une réponse responsable à une impasse politique généralisée. Il a promis une période de transition de 18 à 24 mois, au terme de laquelle des élections devraient être organisées. Il a également salué la mobilisation des jeunes manifestants, considérant leur engagement comme un réveil salutaire pour la nation.
Sur le plan international, cette transition militaire a suscité des réactions contrastées. L’Union africaine a suspendu Madagascar de ses instances, tandis que l’ONU a condamné un changement anticonstitutionnel du pouvoir. Cette posture souligne les défis de légitimité auxquels Randrianirina devra faire face pour stabiliser son autorité.
Une jeunesse mobilisée, entre victoire et vigilance
C’est bien la jeunesse malgache, incarnée par la Génération Z, qui a enclenché cette séquence historique. À partir de fin septembre, les étudiants d’Antananarivo sont descendus massivement dans la rue, protestant contre les pannes d’électricité, la précarité, les inégalités et l’immobilisme politique. Très active sur les réseaux sociaux, cette génération a su rallier d’autres villes du pays et fédérer une contestation durable.
Si la chute de Rajoelina a été accueillie avec euphorie, l’arrivée d’un pouvoir militaire a immédiatement réveillé les méfiances. Des leaders du mouvement ont décliné les postes symboliques que leur proposait le nouveau régime, redoutant d’être instrumentalisés. Ils ont exprimé une position claire : ne pas être les otages d’un pouvoir militaire déguisé en transition démocratique. Cette vigilance est toujours d’actualité. Les collectifs de jeunes exigent que leurs revendications soient prises en compte et transformées en mesures concrètes. Ils affirment rester prêts à reprendre la rue si les promesses sont trahies. Leur mot d’ordre est clair : ni récupération politique, ni silence imposé.
Le départ de Rajoelina, épilogue d’un pouvoir essoufflé
La fuite précipitée d’Andry Rajoelina a précipité l’effondrement de son régime. Exfiltré par un avion militaire dans la nuit du 12 octobre, l’ancien président s’est réfugié à l’étranger. Sa tentative de dissolution du Parlement a échoué, l’Assemblée ayant voté sa destitution à une large majorité. L’armée, notamment l’unité d’élite CAPSAT, a pris position en faveur du mouvement de la Génération Z. Ce soutien militaire, décisif, a fait basculer le rapport de force. En quelques jours, le pouvoir a changé de main sans affrontements majeurs, signe d’un régime déjà largement discrédité.
Le colonel Randrianirina hérite désormais d’un pays fracturé, mais porteur d’une énergie nouvelle. Son mandat de transition sera scruté par une population éveillée et déterminée à défendre les acquis d’une révolution civile sans précédent. Le pari de la refondation démocratique est lancé. Reste à savoir s’il sera tenu.




