À quelques jours d’un scrutin présidentiel d’octobre 2025, la Côte d’Ivoire est le théâtre d’une vague d’arrestations massives, de manifestations interdites et de dénonciations croissantes de la part d’ONG internationales. Entre discours sécuritaire du gouvernement et appels à la désescalade de la société civile, le pays semble pris dans un engrenage préoccupant.
Répression, tensions et colère à l’approche de la présidentielle d’octobre 2025
Le 11 octobre 2025, des centaines de jeunes Ivoiriens ont tenté de se rassembler dans le quartier de Cocody, à Abidjan, pour protester contre l’interdiction de manifester imposée par les autorités. En réponse, les forces de sécurité ont fait usage de gaz lacrymogènes et procédé à plus de 250 arrestations dans la seule journée, selon les chiffres officiels.
Quelques jours plus tard, le procureur de la République, Braman Koné, a pris la parole pour justifier ces interpellations. Selon ses déclarations, cette mobilisation n’était pas une simple contestation de l’arrêté préfectoral : des éléments extraits des téléphones de plusieurs personnes arrêtées prouveraient des intentions de sabotage. Messages appelant à incendier des commerces, attaquer des commissariats ou bloquer les grands carrefours d’Abidjan ont été évoqués. Un individu présenté comme « ex-militaire » aurait même donné des consignes précises pour « empêcher un quatrième mandat ».
Le parquet a promis des réquisitions sévères contre les prévenus, appelant la jeunesse à se détourner de ce qu’il décrit comme une manipulation orchestrée par des politiciens en retrait, mais bien actifs derrière des écrans. Le bilan à ce jour est lourd : environ 700 personnes interpellées dans plusieurs villes du pays.
Amnesty International s’alarme d’une dérive autoritaire
Face à cette répression, Amnesty International a immédiatement réagi. Dans un communiqué publié le 16 octobre, l’ONG dénonce des « arrestations massives » de manifestants pacifiques, ainsi que l’usage abusif d’interdictions générales pour bâillonner la liberté d’expression. Elle rappelle que la liberté de réunion pacifique est un droit fondamental garanti par les traités internationaux auxquels la Côte d’Ivoire a souscrit.
Marceau Sivieude, directeur régional d’Amnesty pour l’Afrique de l’Ouest, a critiqué la logique de répression en soulignant que toute restriction aux manifestations devait être « légale, nécessaire, proportionnée et non discriminatoire ». Il a appelé les autorités à faciliter, plutôt qu’à interdire, les rassemblements citoyens. L’organisation demande également la libération immédiate des personnes détenues pour avoir exprimé pacifiquement leurs droits, ainsi qu’un accès rapide à un avocat pour toutes les personnes arrêtées.
Les tensions actuelles s’inscrivent dans un contexte électoral déjà explosif. Le Conseil constitutionnel, début septembre, a validé la candidature du président Alassane Ouattara pour un quatrième mandat tout en écartant celles de Laurent Gbagbo et Tidjane Thiam, deux figures majeures de l’opposition. Ce choix a été vivement contesté, poussant les partis exclus à convoquer plusieurs manifestations. Après l’interdiction de la marche du 4 octobre, un nouveau rassemblement prévu le 11 a subi le même sort.
Un processus électoral verrouillé ?
La stratégie des autorités repose sur une sécurisation maximale du processus électoral. Le Conseil national de sécurité a promis de prendre « toutes les mesures nécessaires » pour maintenir l’ordre, y compris via l’interdiction de toute manifestation contre les décisions du Conseil constitutionnel. 44 000 soldats ont été déployés à travers le pays, signe d’une volonté de contrôle total du territoire durant cette période sensible.
Mais ces mesures sécuritaires, loin d’apaiser les tensions, semblent au contraire raviver la méfiance d’une partie de la population, déjà échaudée par les exclusions politiques et la répression judiciaire. Le 12 octobre, la résidence du leader de l’opposition Pascal Affi N’Guessan a été brièvement encerclée par les forces de l’ordre, avant leur retrait. Le lendemain, ses partisans appelaient à des manifestations quotidiennes pour réclamer un véritable dialogue politique.
Dans une atmosphère marquée par la peur, la colère et l’incertitude, le scrutin présidentiel du 25 octobre s’annonce sous haute surveillance. Pour de nombreux Ivoiriens, la question n’est plus seulement de savoir qui sera élu, mais si le processus électoral pourra encore rimer avec démocratie.




