À 83 ans, Alassane Ouattara prolonge son règne à la tête de la Côte d’Ivoire. Le président sortant a été réélu pour un quatrième mandat consécutif avec 89,77 % des voix, selon les résultats annoncés lundi 27 octobre par la Commission électorale indépendante (CEI). Malgré cette victoire écrasante, l’élection se déroule dans un climat politique verrouillé, marqué par l’absence de ses principaux adversaires.
Un scrutin sans réel suspense
Le scrutin présidentiel du 25 octobre en Côte d’Ivoire s’est tenu dans un contexte de forte domination du parti au pouvoir, le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP). L’opposition dénonce une élection « sans enjeu », largement verrouillée au profit du chef de l’État. Les grands noms de la scène politique ivoirienne – Laurent Gbagbo, du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI), et Tidjane Thiam, du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) – ont été écartés du scrutin.
Seuls des candidats mineurs ont été autorisés à se présenter, face à une machine électorale solidement organisée. Dans de nombreuses localités, les bureaux de vote sont restés à moitié vides, signe d’un désintérêt populaire pour une élection jugée jouée d’avance. Le taux de participation, autour de 50 %, interroge déjà sur la légitimité politique du président réélu. Alassane Ouattara, en campagne sous le slogan “Voir en grand”, a pourtant cherché à incarner une nouvelle étape pour la Côte d’Ivoire, mettant en avant les projets d’infrastructure et la stabilité du pays. Parmi les symboles de son ambition, la tour F d’Abidjan, en construction, deviendra bientôt le plus haut gratte-ciel d’Afrique avec ses 421 mètres.
Un pouvoir consolidé mais contesté
Depuis son arrivée au pouvoir en 2011, à l’issue d’une crise postélectorale sanglante, Alassane Ouattara a consolidé son autorité, tout en modernisant l’économie ivoirienne. Ses partisans saluent la croissance et la stabilité retrouvées dans un pays autrefois marqué par les divisions. Mais pour ses détracteurs, ce nouveau mandat s’apparente à un crépuscule du pouvoir, celui d’un président vieillissant qui refuse de préparer sa succession. La longévité politique de Ouattara, combinée à l’exclusion répétée de ses opposants, alimente les critiques d’un régime de plus en plus autoritaire. Les observateurs internationaux pointent également un affaiblissement du pluralisme politique. Plusieurs diplomates européens et américains ont d’ailleurs boudé l’annonce officielle des résultats, signe d’un malaise grandissant face à la dérive du système politique ivoirien.
À 83 ans, Alassane Ouattara semble déterminé à poursuivre son œuvre, porté par un appareil d’État entièrement acquis à sa cause. Mais à mesure que la Côte d’Ivoire s’engage vers une nouvelle décennie de son leadership, la question de l’après-Ouattara – et de la transition démocratique – se pose avec une insistance croissante. Pour l’instant, le président savoure sa victoire, promettant de poursuivre son ambition de “faire de la Côte d’Ivoire un modèle africain”. Mais derrière les gratte-ciels et les discours triomphants, l’ombre du désenchantement politique plane sur un pays qui attend toujours le renouveau.




