La publication de nouveaux documents liés au dossier Jeffrey Epstein a déclenché une vive controverse en Côte d’Ivoire. Déclassifiés par le département de la justice américain le 30 janvier, ces millions de fichiers révèlent des échanges impliquant Nina Keïta, nièce du président Alassane Ouattara et actuelle directrice générale adjointe de la Gestoci. Depuis ces révélations, la pression politique s’intensifie et les appels à sa démission se multiplient, dans un climat déjà marqué par des tensions internes.
Une relation suivie entre 2011 et 2018
Les archives rendues publiques détaillent des centaines de messages échangés entre Nina Keïta et Jeffrey Epstein sur une période de sept ans, de 2011 à 2018. Ces correspondances laissent apparaître une proximité régulière avec le financier américain, retrouvé mort en détention à New York en 2019.
Ancienne mannequin installée en France, Nina Keïta a travaillé avec l’agence Karin Models, dirigée par Jean-Louis Brunel. Celui-ci était mis en cause pour des faits de viols et soupçonné d’avoir facilité le recrutement de mineures pour Epstein. Il a été retrouvé pendu dans sa cellule à la prison de la Santé à Paris en 2022. C’est dans ce milieu professionnel que Nina Keïta évoluait avant son départ pour New York en 2005.
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Des mises en relation au plus haut niveau
Les documents indiquent qu’en 2011, peu après l’élection d’Alassane Ouattara, Nina Keïta organise à New York une rencontre entre son oncle et Jeffrey Epstein. L’année suivante, un déplacement est orchestré à Abidjan, où le financier échange avec plusieurs membres du gouvernement ivoirien autour de projets d’investissement.
Les correspondances révèlent aussi des demandes explicites formulées par Epstein. En mai 2011, Nina Keïta transmet les photographies d’une femme présentée comme âgée de 25 ans, prénommée « Sadia ». Le 31 août 2011, une rencontre a lieu au Ritz à Paris. Dans la foulée, Epstein demande des images de la sœur de cette dernière, précisant qu’il préfère des femmes de moins de 25 ans.
Les fichiers ne démontrent pas formellement l’implication de mineures dans ces échanges. Néanmoins, le passé judiciaire d’Epstein, déjà condamné en 2008 pour prostitution de mineures, confère à ces communications une portée particulière.
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Séjour à Abidjan et rencontres sensibles
En janvier 2012, Epstein effectue un séjour en Côte d’Ivoire organisé par Nina Keïta. Une suite dite ministérielle lui est réservée à l’Hôtel Ivoire. Dans les échanges, il exprime le souhait d’y rencontrer « de très jolies filles », une demande à laquelle Nina Keïta répond favorablement.
Durant cette visite, elle facilite également une rencontre avec Hamed Bakayoko, alors ministre de l’intérieur, devenu premier ministre en 2020 jusqu’à son décès en 2021. Un message évoque une soirée privée dans un penthouse. Aucun élément publié ne fait état de la présence de mineures lors de cet événement.
Une onde de choc politique
Depuis la divulgation des documents, le climat politique ivoirien s’est tendu. Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes dénoncent le silence des autorités et réclament des explications publiques. Certains messages viraux accusent Nina Keïta d’avoir joué un rôle d’intermédiaire au profit d’un homme au cœur d’un scandale international d’exploitation sexuelle.
Des pétitions en ligne ont rassemblé des milliers de signatures, tandis que des appels à manifester circulent. L’opposition s’est saisie de l’affaire pour dénoncer ce qu’elle qualifie de népotisme au sein du pouvoir et réclamer l’ouverture d’une enquête indépendante.
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Un poste stratégique sous pression
Mariée au ministre de l’Emploi Adama Kamara, Nina Keïta occupe depuis 2019 un poste clé à la Gestoci, entreprise publique chargée de la gestion des stocks pétroliers du pays. Sa fonction stratégique et sa proximité avec le cercle présidentiel renforcent la dimension politique de l’affaire.
À ce stade, ni Nina Keïta ni la présidence ivoirienne n’ont pris la parole publiquement pour commenter les révélations. Cette absence de réaction officielle alimente les critiques et entretient le débat sur la responsabilité des acteurs impliqués.
Des ramifications internationales
Au-delà des interactions personnelles, les documents mentionnent plusieurs initiatives à dimension diplomatique et financière. Par l’intermédiaire de Nina Keïta, une rencontre est organisée en 2011 entre Alassane Ouattara et le ministre israélien de la défense Ehoud Barak. Trois ans plus tard, un accord de coopération sécuritaire est signé entre Israël et la Côte d’Ivoire.
Un message daté du 31 août 2011 évoque également l’éventualité de l’achat d’un Boeing 727 appartenant à Epstein, destiné à renforcer la flotte présidentielle après la guerre civile.
Jeffrey Epstein aurait aussi facilité certaines introductions professionnelles pour Nina Keïta, notamment auprès d’Olivier Colom, conseiller du groupe Edmond de Rothschild, ainsi qu’auprès d’Estée Lauder, où elle travaillera brièvement au marketing en 2018.
Enfin, en octobre 2015, après la condamnation de Karim Wade à six ans de prison et à une amende de 138 milliards de francs CFA pour enrichissement illicite, Nina Keïta sollicite un prêt de 100 000 dollars auprès d’Epstein. Les fonds sont destinés à rémunérer le cabinet de lobbying américain Nelson Mullins en vue d’obtenir sa libération.
L’affaire relie désormais des figures du pouvoir ivoirien à un réseau international mêlant finance, diplomatie et scandale judiciaire. Reste à savoir si la pression populaire débouchera sur des mesures concrètes ou si le dossier restera cantonné aux révélations venues de l’étranger.




