À l’issue d’une session décisive tenue à Dakar, l’Union économique et monétaire ouest-africaine a désigné un nouveau président à la tête de son Conseil des ministres. Pour les deux années à venir, c’est le Burkina Faso, représenté par Aboubakar Nacanabo, qui dirigera cette instance stratégique. Une présidence qui survient après des tensions internes, révélatrices des lignes de fracture au sein de l’Union.
Une nomination attendue après un blocage prolongé
Le 6 octobre 2025, les ministres de l’Économie et des Finances des huit pays membres de l’UEMOA se sont réunis à Dakar pour leur troisième session ordinaire de l’année. À l’issue des discussions, ils ont désigné Aboubakar Nacanabo, ministre burkinabè de l’Économie, des Finances et de la Prospective, comme nouveau président du Conseil des ministres. Il exercera ce mandat pour une durée de deux ans, conformément au principe de rotation établi dans les textes fondateurs de l’Union.
Cette élection n’allait pas de soi. Lors de la session précédente, le 11 juillet 2025 à Lomé, les discussions avaient échoué. Aucun accord n’avait été trouvé sur la présidence, ce qui avait conduit à une rupture de séance. Plusieurs ministres, notamment ceux issus de l’Alliance des États du Sahel (AES), avaient quitté la table. Ce blocage révélait des tensions croissantes entre les États membres, liées à des différends politiques et diplomatiques.
La désignation du Burkina Faso constitue donc une avancée notable. Elle traduit une volonté partagée de dépasser les divisions internes pour restaurer la continuité institutionnelle. Elle renforce également le rôle du Burkina au sein de l’espace communautaire.
Un rôle central dans la gouvernance régionale
Le Conseil des ministres de l’UEMOA constitue l’un des organes les plus importants de l’organisation. Il regroupe deux représentants par État membre : le ministre de l’Économie et celui des Affaires étrangères. Ensemble, ces décideurs définissent les grandes orientations économiques, adoptent le budget annuel de l’Union et supervisent l’application des politiques communes. Ils agissent également sur la base des recommandations de la Conférence des chefs d’État, instance suprême de l’Union.
Assumer la présidence de ce Conseil revient donc à occuper une position stratégique. Le président anime les débats, coordonne les prises de position, facilite les arbitrages et incarne l’UEMOA dans certaines instances diplomatiques. Pour le Burkina Faso, cette fonction est aussi un levier d’influence. Elle permet au pays de défendre ses priorités régionales tout en consolidant sa stature institutionnelle, à un moment où les équilibres internes de l’Union sont en recomposition.
Aboubakar Nacanabo devra donc mener ses travaux avec rigueur, diplomatie et fermeté. Il disposera d’un mandat à la fois symbolique et opérationnel. Il devra faire avancer les grands chantiers de l’Union, dans un esprit de dialogue et de collaboration.
Un mandat sous haute surveillance dans un contexte délicat
La nouvelle présidence intervient dans un environnement régional instable. Depuis plusieurs années, l’espace UEMOA est confronté à des défis multiples : ralentissement économique, inflation, tensions monétaires, crises sécuritaires, divergences politiques entre pays membres. Ces difficultés pèsent sur l’intégration régionale et freinent la mise en œuvre de plusieurs projets communs.
Le président du Conseil aura pour mission de restaurer un climat de confiance entre les membres. Il devra aussi relancer les discussions sur les dossiers sensibles, comme la convergence budgétaire, la réforme des politiques fiscales ou encore l’élargissement des financements communautaires. Il devra veiller à maintenir l’équilibre entre les différentes sensibilités politiques, tout en assurant une mise en œuvre efficace des décisions.
Ce mandat représentera aussi un test pour la crédibilité de l’UEMOA. Les partenaires techniques et financiers de la région, tout comme les observateurs économiques, suivront de près l’évolution de la situation. Une présidence efficace pourrait renforcer la stabilité institutionnelle de l’Union. À l’inverse, une gouvernance bloquée risquerait d’amplifier les divisions existantes.
La désignation du Burkina Faso à la tête du Conseil des ministres marque une étape clé pour l’UEMOA. Elle remet en marche un rouage essentiel de la gouvernance régionale. Reste à savoir si cette présidence parviendra à surmonter les clivages politiques et à faire avancer les chantiers communs dans un contexte où l’intégration régionale n’a jamais été aussi déterminante.




