La Côte d’Ivoire annonce un plan de 1,2 milliard de dollars pour renforcer son réseau électrique, confronté à des coupures récurrentes malgré une production jugée suffisante. Présenté par CI-Energies, ce programme vise à moderniser les infrastructures, notamment à Abidjan, alors que la demande explose sous l’effet de la chaleur et de l’extension rapide de l’accès à l’électricité. Derrière cette décision, un constat s’impose, le modèle ivoirien est désormais sous tension.
Un réseau sous pression malgré une production suffisante
La situation actuelle surprend à première vue. Contrairement à de nombreux pays confrontés à des pénuries d’électricité, la Côte d’Ivoire ne souffre pas d’un manque de production. Au contraire, les capacités installées permettent théoriquement de couvrir la demande nationale.
Cependant, les coupures observées ces dernières semaines dans plusieurs quartiers du Grand Abidjan révèlent une fragilité ailleurs. Selon le directeur général de CI-Energies, Noumory Sidibé, le problème réside principalement dans l’état du réseau de distribution. Celui-ci est devenu insuffisant face à l’augmentation rapide de la consommation.
En réalité, le réseau fonctionne désormais à la limite de ses capacités. « Nous exploitons le réseau à la limite de ses capacités », a reconnu le responsable. Cette saturation rend le système particulièrement vulnérable, au point qu’un incident technique mineur peut entraîner des délestages en cascade.

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Une explosion de la demande amplifiée par la chaleur
Dans le détail, la pression sur le réseau s’explique par une hausse rapide de la consommation. En février, la demande a progressé de 14 pour cent en un an, soit environ 300 mégawatts supplémentaires à absorber par le système électrique national.
Cette augmentation s’explique en partie par des conditions climatiques exceptionnelles. La canicule inhabituelle observée dans le pays a entraîné une utilisation massive des équipements électriques, notamment les climatiseurs. Cette situation a accentué les pics de consommation à certains moments de la journée.
Par ailleurs, cette hausse n’est pas ponctuelle. Elle s’inscrit dans une tendance structurelle liée à la croissance économique et démographique du pays. La consommation d’électricité progresse de manière continue, ce qui accentue mécaniquement la pression sur les infrastructures existantes.
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Le succès du programme d’électrification en question
En parallèle, un autre facteur explique cette tension. La politique d’accès élargi à l’électricité, menée depuis plusieurs années, a profondément transformé le paysage énergétique ivoirien. Le programme « Electricité pour tous », lancé en 2014, a permis de raccorder près de 500 mille ménages.
Grâce à cette stratégie, le taux d’électrification a atteint 98 pour cent en 2025. Plus de 6600 localités ont été connectées au réseau, ce qui constitue une avancée majeure pour le pays. Toutefois, ce succès a aussi un revers.
En effet, les infrastructures de distribution n’ont pas toujours été dimensionnées pour absorber cette croissance rapide. Le réseau, conçu à l’origine pour une demande plus faible, se retrouve aujourd’hui sous pression. Cette expansion a donc créé un déséquilibre entre l’offre théorique et la capacité réelle à distribuer l’électricité.
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Un plan massif pour éviter l’effondrement du système
Face à ce constat, les autorités ont décidé de réagir rapidement. Le plan d’investissement de 1,2 milliard de dollars vise à moderniser et renforcer le réseau de distribution sur l’ensemble du territoire.
Dans les faits, les premiers travaux doivent débuter dans les prochains jours, en priorité dans le district d’Abidjan, mais aussi dans plusieurs régions du pays. L’objectif est d’améliorer la qualité du service et de réduire les risques de coupures.
Cependant, les effets ne seront pas immédiats. Noumory Sidibé insiste sur les délais techniques incompressibles nécessaires à la mise en œuvre de ce type de projet. Les populations devront donc encore faire face à des perturbations à court terme.
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Un défi stratégique pour l’avenir énergétique du pays
Au-delà de la gestion de l’urgence, cette situation pose une question plus large. Comment accompagner durablement la croissance énergétique d’un pays en plein développement sans fragiliser ses infrastructures ?
La Côte d’Ivoire se trouve aujourd’hui à un tournant. D’un côté, elle affiche des performances remarquables en matière d’accès à l’électricité. De l’autre, elle doit désormais adapter son réseau à cette nouvelle réalité.
Ainsi, ce plan de 1,2 milliard de dollars ne constitue pas seulement une réponse technique. Il s’inscrit dans une stratégie plus large visant à sécuriser le développement économique du pays. Car derrière les coupures, c’est toute la dynamique de croissance qui pourrait être affectée.
Dans ce contexte, la capacité des autorités à transformer rapidement ces investissements en résultats concrets sera déterminante. Le défi est désormais clair. Passer d’un modèle d’expansion rapide à un système capable de soutenir durablement la demande.




