Quatre journalistes camerounais interpellés le 16 septembre à Yaoundé ont retrouvé la liberté le 21 septembre 2026, après cinq jours de garde à vue. D’abord associés à la disparition des lunettes du ministre de l’Économie Alamine Ousmane Mey, ils ont été libérés sans qu’aucune charge ne soit finalement retenue contre eux.
Quatre journalistes interpellés au Palais des Congrès
François Essomba, de Chine Afrique, Igor Gwet Bibey, d’Inform Plus, Solange Djuikam, d’Univers Info.net, et Pierre Mouchili, du Procès International, se trouvaient au Palais des Congrès de Yaoundé le 16 septembre. Ils couvraient la clôture des Journées du Groupe de la Banque islamique de développement, organisées du 14 au 16 septembre dans la capitale camerounaise.
Selon le Syndicat national des professionnels de l’information et de la communication (SPIC), les quatre journalistes ont d’abord été conduits au commissariat du 10e arrondissement de Bastos. Ils ont ensuite été transférés au Commissariat central n°1 de Yaoundé. Le syndicat affirme que leur interpellation était liée à une suspicion de vol des lunettes du ministre Alamine Ousmane Mey.
Le Réseau des défenseurs des droits humains en Afrique centrale (REDHAC) a également dénoncé les conditions de leur arrestation. L’organisation affirme notamment que des violences auraient été commises au moment de leur interpellation, une accusation qui n’a pas été confirmée publiquement par les autorités policières.
Les lunettes retrouvées dès le lendemain
Le dossier a pris une tournure inattendue le 17 septembre. Plusieurs médias camerounais ont rapporté que les lunettes recherchées avaient été retrouvées intactes dans le véhicule personnel du ministre. Le motif initial de l’interpellation se retrouvait ainsi fragilisé.
La garde à vue ne s’est pourtant pas arrêtée immédiatement. D’après plusieurs comptes rendus concordants, les investigations se sont poursuivies autour d’une possible « intrusion non autorisée » dans une réunion à huis clos organisée pendant l’événement. Les journalistes auraient ensuite été présentés au parquet le 18 septembre avant que des investigations complémentaires soient demandées.
Cette évolution laisse plusieurs zones d’ombre. Aucune communication officielle détaillée de la police ou du parquet n’a, à ce stade, exposé publiquement les éléments ayant justifié le maintien des quatre professionnels des médias en garde à vue après la découverte des lunettes.
Le ministre assure n’avoir déposé aucune plainte
Autre élément important, le service de communication d’Alamine Ousmane Mey a indiqué que le ministre n’avait déposé aucune plainte pour vol de lunettes. Selon cette version, il n’aurait pas non plus demandé verbalement l’interpellation des journalistes.
Le ministre s’est ensuite exprimé le 22 septembre. Il a assuré avoir « une très grande estime pour la profession » de journaliste et ajouté que rien ne saurait réduire cette estime à « la dimension physique d’une paire de lunettes ». Cette prise de parole intervient après plusieurs jours de polémique autour de l’affaire.
Elle ne permet cependant pas d’établir qui a signalé la disparition de l’objet aux forces de l’ordre ni sur quelle base précise les quatre journalistes ont été initialement ciblés.
Une libération sans poursuites après cinq jours
François Essomba, Igor Gwet Bibey, Solange Djuikam et Pierre Mouchili ont finalement été libérés le lundi 21 septembre, après cinq jours de garde à vue. Aucun chef d’accusation n’a été retenu contre eux au terme de la procédure rapportée par les médias camerounais.
Le SPIC et le REDHAC ont dénoncé une détention qu’ils jugent abusive et arbitraire. L’affaire dépasse désormais la seule disparition d’une paire de lunettes. Elle pose la question des conditions dans lesquelles des journalistes peuvent être interpellés pendant la couverture d’un événement officiel, mais aussi de la transparence des procédures lorsqu’un motif initial disparaît en cours d’enquête.
Les quatre journalistes sont libres, mais plusieurs questions restent donc sans réponse sur l’origine de leur interpellation, la prolongation de leur garde à vue et les responsabilités dans cette procédure.




