Gabon : les 1 700 milliards de FCFA qui embarrassent l’État

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Au Gabon, près de 1 700 milliards de FCFA, soit environ 2,59 milliards d’euros, restent à recouvrer auprès d’environ 600 personnes physiques et morales selon la Cour des comptes. L’affaire provoque une polémique d’autant plus vive qu’Alex Euv Moutsiangou a quitté la tête de l’institution quelques jours après avoir remis ce dossier au centre du débat public, sans qu’aucun document officiel n’établisse toutefois un lien entre les deux événements.

Gabon : ce que représentent réellement les 1 700 milliards de FCFA

Le chiffre a immédiatement frappé l’opinion. Il ne correspond pourtant pas à 1 700 milliards de FCFA qui auraient soudainement « disparu » des caisses de l’État.

Alex Euv Moutsiangou a expliqué que cette somme représente un stock de débets et d’amendes prononcés par les juridictions financières sur une période pouvant remonter à une vingtaine d’années. Environ 600 personnes physiques et morales seraient concernées. Certaines décisions portent notamment sur des agents publics, des ordonnateurs ou des entreprises privées ayant eu des relations financières avec l’État.

Un débet correspond à une somme qu’une juridiction financière ordonne à un responsable de rembourser lorsqu’elle estime que des fonds publics ont été irrégulièrement utilisés ou qu’une perte doit être mise à sa charge.

La nuance est donc importante. Le montant de 1 700 milliards de FCFA agrège des décisions accumulées sur plusieurs années. Il ne constitue pas la preuve d’un détournement unique de 2,59 milliards d’euros récemment découvert.

Près de 600 débiteurs et des personnalités dans les décisions

La Cour des comptes a entrepris de remettre ces anciennes décisions au premier plan. Alex Euv Moutsiangou avait notamment demandé au Trésor public d’appliquer aux débiteurs de l’État la même rigueur que celle utilisée pour récupérer les créances fiscales auprès des contribuables et des entreprises.

Le dossier est politiquement sensible car il concerne plusieurs catégories d’acteurs publics et privés. RFI rapporte notamment la présence de comptables publics, d’ordonnateurs de crédits et d’entreprises ayant perçu des fonds publics.

Un recueil de décisions couvrant la période 1994-2022 permet également d’identifier 61 personnes dans 55 arrêts et jugements examinés par la juridiction financière. Toutefois, tous ces noms ne correspondent pas nécessairement à des condamnations définitives. Le document rassemble également des recours, des amendes et des non-lieux.

La controverse vient donc moins de l’existence des décisions que d’une question restée longtemps sans réponse : combien de ces sommes l’État gabonais a-t-il effectivement récupéré ?

Le départ d’Alex Euv Moutsiangou alimente les soupçons

La polémique a pris une nouvelle dimension le 16 septembre 2026. Le Conseil supérieur de la magistrature a remplacé Alex Euv Moutsiangou par Pamphile Moussavou Ibouanga à la tête de la Cour des comptes.

Le calendrier interpelle. Quelques jours auparavant, Moutsiangou avait largement médiatisé le dossier des 1 700 milliards de FCFA et annoncé une offensive en faveur du recouvrement des créances publiques.

Mais affirmer que cette opération lui a « coûté son poste » va plus loin que les faits disponibles. Le Conseil supérieur de la magistrature n’a donné aucun motif reliant son remplacement au dossier. Moutsiangou n’a d’ailleurs pas quitté la magistrature puisqu’il a été nommé conseiller au Secrétariat permanent du Conseil supérieur de la magistrature.

Cette absence d’explication officielle nourrit néanmoins les interrogations sur l’indépendance de la Cour des comptes et sur la poursuite de son travail.

Le véritable enjeu reste le recouvrement de l’argent public

Au-delà des personnalités concernées et du changement de direction, l’enjeu central est désormais l’exécution des décisions.

La Cour des comptes avait fixé un calendrier destiné à pousser les débiteurs à régulariser leur situation. Or les décisions de justice financière déjà prononcées ne disparaissent pas avec le remplacement du premier président de l’institution.

Le dossier intervient alors que les finances publiques gabonaises restent sous pression. Le gouvernement cherche parallèlement à améliorer le recouvrement des recettes et à renforcer ses procédures financières. Le Conseil des ministres du 18 septembre a notamment demandé un meilleur encadrement des procédures de recouvrement fiscal.

La polémique autour des 1 700 milliards de FCFA pose ainsi une question plus large : l’État gabonais parviendra-t-il réellement à faire exécuter des décisions financières restées parfois sans effet pendant des années ? C’est sur ce terrain, davantage que sur le seul montant spectaculaire de 2,59 milliards d’euros, que se jouera la crédibilité de l’opération de transparence engagée par la Cour des comptes.

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