Au Sahel, le groupe Jama’at Nasr al-Islam wal Muslimin (JNIM), affilié à Al-Qaïda, ne se contente plus d’un pouvoir militaire. Depuis 2022, il bâtit un système de gouvernance parallèle, fondé sur l’économie informelle et illicite, qui remet en question les réponses sécuritaires classiques des États et de leurs partenaires internationaux.
Du terrorisme armé à la gouvernance économique parallèle
L’évolution du JNIM dans la bande sahélienne révèle une transformation stratégique significative. Longtemps considéré comme un acteur strictement djihadiste, engagé dans des affrontements armés avec les forces régulières, le groupe développe désormais une présence enracinée dans l’économie locale. Ce changement repose sur l’exploitation d’activités illicites structurées et diversifiées.
Le commerce de carburant, le trafic de motos ou de médicaments, le racket des transporteurs et les prélèvements sur les éleveurs constituent les piliers d’un véritable système économique informel. Cette économie parallèle ne repose pas sur l’improvisation : elle est régulée, taxée, sécurisée par le groupe, qui y voit un moyen d’assurer sa subsistance mais surtout d’imposer une forme de gouvernance dans les zones échappant à l’autorité de l’État.
Le résultat est une emprise plus profonde, moins visible que la seule force armée, mais bien plus durable. Elle permet à JNIM d’exercer un contrôle territorial souterrain, en concurrence directe avec les structures officielles, tout en gagnant une forme de légitimité auprès des populations locales, parfois abandonnées par l’État.
Une stratégie hybride qui défie les États et les partenaires internationaux
Cette hybridation entre criminalité, pouvoir coercitif et offre de services constitue un défi de taille pour les États sahéliens et leurs partenaires. Elle brouille les lignes entre conflit armé et économie informelle, entre insécurité et activité lucrative, entre idéologie djihadiste et pragmatisme financier.
Dans certaines régions, la population est contrainte de coopérer avec ces réseaux pour assurer sa mobilité, son approvisionnement ou sa sécurité. Cette réalité affaiblit la légitimité des États, accentue leur retrait du terrain, et complique les stratégies internationales centrées sur la réponse militaire.
Le cas du JNIM au Sahel illustre une tendance plus large. Les groupes armés non étatiques intègrent de plus en plus des logiques économiques dans leurs modes de contrôle. Cette sophistication appelle une adaptation des réponses. Il ne s’agit plus uniquement de lutter contre un adversaire militaire, mais de démanteler des réseaux financiers, de surveiller les flux logistiques, et de reconstruire une gouvernance locale crédible.




