Sénégal : pourquoi Pastef bloque le budget rectificatif 2026

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Au Sénégal, le projet de loi de finances rectificative 2026 a été rejeté, vendredi 23 octobre, par la majorité Pastef en commission parlementaire. Les députés du parti d’Ousmane Sonko exigent plusieurs modifications budgétaires avant d’approuver le texte présenté par le gouvernement du président Bassirou Diomaye Faye.

Budget rectificatif 2026 : pourquoi Pastef a voté contre

Le désaccord entre le gouvernement sénégalais et sa majorité parlementaire s’est concrétisé à l’Assemblée nationale. Réunie le 23 octobre, la Commission des finances et du contrôle budgétaire a rejeté le projet de loi n°40/2026, ainsi que les deux amendements proposés par l’exécutif.

La séance était présidée par le député Alphonse Mané Sambou, en présence du ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, et du ministre chargé du Budget, Bassirou Sarr.

Ce vote intervient après plusieurs jours de négociations infructueuses. Dès le 19 octobre, le Premier ministre Ousmane Sonko avait annoncé que les députés de Pastef ne soutiendraient pas le texte dans sa version initiale.

Dans un communiqué publié le 20 octobre, le groupe parlementaire avait reconnu certains compromis, tout en constatant l’absence d’accord sur plusieurs questions essentielles.

Les députés ne contestent pas la nécessité de réviser les finances publiques. Ils dénoncent plutôt les choix budgétaires proposés, les modalités de financement et le manque de garanties fournies au Parlement.

Le groupe d’opposition Takku Wallu Sénégal s’est abstenu lors du vote en commission.

Les cinq conditions posées par Pastef au gouvernement

Pour revoir sa position, la majorité parlementaire réclame cinq engagements précis.

La première exigence concerne la préservation des investissements publics. Pastef demande au gouvernement de réexaminer les réductions de crédits affectant notamment la santé, l’éducation, la formation professionnelle, l’hydraulique et les infrastructures.

Les députés souhaitent que les économies budgétaires portent prioritairement sur les dépenses considérées comme non essentielles.

La deuxième condition vise la protection du pouvoir d’achat. Pastef refuse qu’une diminution des subventions énergétiques entraîne mécaniquement une hausse des prix pour les ménages. Le parti réclame notamment une réduction des taxes sur les produits pétroliers et des coûts de production de l’électricité.

Troisième point : la transparence sur les 120 milliards de FCFA du Projet autonome de réponse d’urgence contingente (CERP). Les parlementaires demandent les accords conclus avec la Banque mondiale et des précisions sur l’affectation de ces ressources.

La quatrième exigence porte sur la réduction du train de vie de l’État. La majorité réclame l’accélération d’un programme de rationalisation du secteur parapublic prévoyant la suppression de 19 entités et au moins 55 milliards de FCFA d’économies nettes sur trois ans.

Enfin, Pastef exige davantage de transparence sur la dette publique. Les députés souhaitent obtenir les rapports d’audit de l’Inspection générale des finances et du cabinet Forvis Mazars, ainsi que des justifications sur les déficits projetés pour 2026 et 2027.

Un désaccord entre Ousmane Sonko et l’exécutif de Diomaye Faye

Ce rejet illustre les tensions autour des orientations économiques du pouvoir sénégalais.

La situation présente une particularité politique : Ousmane Sonko dirige Pastef tout en occupant les fonctions de Premier ministre. Son parti dispose d’une large majorité parlementaire, mais conteste un texte porté par le gouvernement auquel il appartient.

Le désaccord porte donc principalement sur les arbitrages budgétaires et les garanties exigées par les députés, plutôt que sur une opposition traditionnelle entre majorité et gouvernement.

Le budget rectificatif doit permettre d’adapter les prévisions financières de l’État aux nouvelles contraintes économiques.

Mais pour Pastef, l’assainissement budgétaire ne doit pas compromettre les investissements structurants ni aggraver les difficultés financières des ménages.

Le groupe parlementaire estime également que l’Assemblée nationale doit recevoir toutes les informations nécessaires pour contrôler les engagements financiers de l’État.

Cette position accentue la pression sur l’exécutif, appelé à trouver un compromis avec sa propre majorité.

Que va devenir la loi de finances rectificative 2026 ?

Le rejet en commission ne signifie pas que le budget rectificatif est définitivement abandonné.

Le projet doit encore être examiné en séance plénière, annoncée pour le mardi 27 octobre 2026, après le report de la réunion initialement prévue le 23 octobre.

D’ici là, le gouvernement peut poursuivre les discussions avec les représentants de Pastef afin de rapprocher les positions.

Les députés majoritaires ont d’ailleurs affirmé rester disponibles pour négocier un accord.

L’enjeu dépasse le simple vote parlementaire. Sans compromis, les ajustements financiers envisagés par le gouvernement pourraient être retardés, alors que le Sénégal doit concilier maîtrise des dépenses, financement des investissements et protection du pouvoir d’achat.

Le scrutin en plénière permettra de déterminer si les nouvelles garanties de l’exécutif suffisent à convaincre la majorité ou si le désaccord budgétaire se prolonge.

Luc GNANHOUI
Luc GNANHOUI
Spécialiste de l’actualité africaine, je produis des analyses stratégiques et des décryptages approfondis sur les transformations politiques, économiques et technologiques qui redéfinissent les équilibres du continent.

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