L’Afrique reste de très loin le cœur de la production mondiale de cacao, mais l’ascension de l’Équateur commence à modifier les équilibres. Avec des rendements élevés et des prix davantage transmis aux producteurs, le pays sud-américain se rapproche désormais du Ghana.
L’Afrique fournit toujours près de 70 % du cacao mondial
La domination africaine reste incontestable. Selon les dernières estimations détaillées de l’Organisation internationale du cacao (ICCO), l’Afrique a produit environ 3,25 millions de tonnes durant la campagne 2024-2025, soit 69,2 % du total mondial. La production globale a depuis été révisée à 4,72 millions de tonnes.
La Côte d’Ivoire conserve une avance considérable. Sa production avoisine 1,7 à 2 millions de tonnes selon les campagnes et estimations utilisées. Reuters évalue actuellement sa part à environ 40 % de l’offre mondiale. Le Ghana reste également un poids lourd, avec une production supérieure à 600 000 tonnes dans les estimations récentes.
À ces deux géants s’ajoutent notamment le Nigeria et le Cameroun. Pour 2024-2025, l’ICCO estimait leurs récoltes respectives à environ 330 000 et 310 000 tonnes. Cette concentration donne toujours à l’Afrique un poids déterminant sur les cours mondiaux. Mais elle masque des difficultés structurelles qui deviennent de plus en plus visibles.
L’Équateur se rapproche dangereusement du Ghana
Le changement majeur vient d’Amérique latine. L’Équateur a produit environ 570 000 tonnes en 2024-2025, soit une progression annuelle estimée à 36 %. L’Amérique dans son ensemble a atteint environ 1,15 million de tonnes, en hausse de 17 %.
Cette progression pourrait se poursuivre. Ivan Ontaneda, président de l’association équatorienne des exportateurs de cacao Anecacao, estimait auprès de Reuters que le pays pourrait dépasser 650 000 tonnes pendant la campagne 2026-2027 et ainsi ravir au Ghana sa place de deuxième producteur mondial. Son objectif à plus long terme atteint 800 000 tonnes avant la fin de la décennie.
Les dernières observations vont dans le même sens. Reuters relevait encore le 10 septembre que la production équatorienne se rapproche désormais du niveau ghanéen. La Côte d’Ivoire demeure cependant très loin devant.
Un rendement qui distingue le modèle équatorien
La différence ne repose pas uniquement sur l’extension des surfaces cultivées. L’ICCO estime le rendement équatorien autour de 800 kilogrammes par hectare, contre moins de 500 kg en moyenne dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest.
Le système de rémunération joue également un rôle. Selon Ivan Ontaneda, les producteurs équatoriens peuvent percevoir autour de 90 % du prix mondial, contre 60 à 70 % au mieux en Côte d’Ivoire et au Ghana. Les cours exceptionnellement élevés des dernières années ont ainsi encouragé les agriculteurs équatoriens à investir dans leurs plantations et à améliorer leur productivité.
L’Équateur possède en outre un positionnement qualitatif particulier. L’ICCO classe 75 % de ses exportations parmi les cacaos fins ou aromatiques. L’Amérique latine représente à elle seule environ 90 % des exportations mondiales de cette catégorie, qui ne constitue toutefois qu’une petite fraction du marché total.
Le cacao africain confronté à plusieurs fragilités
L’écart de productivité s’explique aussi par les problèmes rencontrés en Afrique de l’Ouest. Vieillissement des cacaoyers, maladies et risques climatiques continuent de limiter les rendements. Au Ghana, l’exploitation aurifère illégale empiète également sur certaines terres agricoles.
Une autre difficulté arrive avec le règlement européen contre la déforestation. À partir de la fin de 2026, les opérateurs devront notamment pouvoir retracer le cacao jusqu’aux parcelles d’origine pour accéder au marché européen. Or, la multitude de petites exploitations et d’intermédiaires complique cette transition en Afrique de l’Ouest.
La Côte d’Ivoire a déjà imposé une carte électronique aux producteurs pour renforcer cette traçabilité. Des exportateurs signalent néanmoins des difficultés techniques au démarrage du système. L’enjeu est considérable puisque environ 70 % du cacao ivoirien exporté est destiné à l’Europe.
L’Équateur ne détrône donc pas encore l’Afrique. Son ascension montre toutefois qu’un autre centre de gravité se développe rapidement, fondé sur une meilleure productivité et une transmission plus directe des prix mondiaux aux producteurs. Si cette dynamique perdure, la hiérarchie du cacao mondial pourrait bientôt changer derrière l’intouchable Côte d’Ivoire.




