La future raffinerie Dangote au Kenya doit être officiellement lancée ce 30 septembre à Lamu, malgré une bataille judiciaire sur les terrains retenus. La cérémonie peut se tenir, mais une décision de justice pourrait ralentir les travaux jusqu’à une nouvelle audience prévue le 14 octobre.
La raffinerie Dangote de Lamu confrontée à la justice
Le projet de Dangote Industries porte sur une raffinerie capable de traiter 700 000 barils de pétrole brut par jour. Son coût est estimé entre 15 et 16 milliards de dollars et sa mise en service est espérée à l’horizon 2030. Aliko Dangote et le président kényan William Ruto doivent participer à la cérémonie de lancement des travaux.
Mais 133 habitants de Chandavai, dans le comté de Lamu, ont saisi la justice. Ils affirment que leurs familles occupent et cultivent depuis plusieurs générations une partie des terrains concernés, même si elles ne disposent pas de titres fonciers formels. Les plaignants réclament notamment la reconnaissance de leurs droits, une indemnisation et des garanties concernant leur éventuel déplacement.
Le tribunal de l’environnement et des terres de Malindi a ordonné le maintien du « statu quo » sur la parcelle LR No. 13061 jusqu’à une audience prévue le 14 octobre. La mesure ne tranche donc pas encore la question de la propriété du terrain.
La cérémonie peut avoir lieu, mais les travaux restent menacés
Dangote Group estime que cette décision n’empêche pas la cérémonie officielle du 30 septembre. Le groupe reconnaît toutefois que certaines opérations sur le site pourraient être affectées par l’ordonnance judiciaire.
« La Cour n’a pas suspendu la cérémonie de lancement de la raffinerie à ce stade », a déclaré l’entreprise, tout en précisant que les activités sur le terrain pourraient être concernées jusqu’à l’examen du dossier.
La distinction est importante. Le projet n’est donc pas annulé et le chantier n’est pas définitivement bloqué. En revanche, l’obligation de préserver l’état actuel des terrains contestés limite les possibilités d’avancer sur certaines zones avant la prochaine décision judiciaire.
Le dossier prend d’autant plus d’importance que des équipements sont déjà arrivés à Lamu. Fin septembre, le port a réceptionné près de 2 930 tonnes de machines destinées au projet.
Les habitants de Lamu réclament compensation et consultation
La contestation ne se limite plus aux tribunaux. Des habitants ont manifesté le 29 septembre à Lamu pour demander davantage de transparence sur l’utilisation des terres et les compensations. La police a utilisé des gaz lacrymogènes lors de certains rassemblements.
Des organisations de la société civile avaient déjà réclamé davantage de garanties pour les populations locales. Certaines soutiennent le principe d’investissements créateurs d’emplois, mais demandent que les droits fonciers, les moyens de subsistance et les risques environnementaux soient pris en compte.
Le projet suscite aussi des inquiétudes liées à la proximité de Lamu Old Town, classée au patrimoine mondial de l’Unesco. Ces questions environnementales s’ajoutent donc au contentieux foncier.
Un projet stratégique pour l’approvisionnement de l’Afrique de l’Est
Pour Nairobi et Dangote, l’enjeu dépasse largement Lamu. La future raffinerie doit réduire la dépendance de l’Afrique de l’Est aux carburants importés et alimenter plusieurs marchés régionaux. Des gouvernements de la région se sont également vu proposer jusqu’à 30 % du capital du projet.
Le défi reste toutefois considérable. Contrairement au Nigeria, le Kenya ne produit actuellement pas de pétrole à une échelle commerciale. Le complexe devra donc sécuriser des approvisionnements auprès de producteurs africains ou sur le marché international, alors que les infrastructures nécessaires restent encore incomplètes.
Le bras de fer de Lamu ne signifie donc pas que la raffinerie Dangote est condamnée. Il révèle plutôt un risque classique pour les grands projets d’infrastructures au Kenya : un investissement peut bénéficier d’un soutien politique massif tout en restant exposé aux litiges fonciers, aux contestations locales et aux contraintes environnementales. L’audience du 14 octobre sera désormais déterminante pour savoir jusqu’où les travaux pourront réellement avancer.




