Alors que le pays semblait s’engager dans une phase de transition calme, le Madagascar se retrouve plongée dans une crise institutionnelle sans précédent. Le président Andry Rajoelina, confronté à une motion de destitution initiée par les députés, a tenté de désamorcer la situation en dissolvant l’Assemblée nationale. Cette manœuvre n’a pas empêché les parlementaires de poursuivre la procédure, actant une destitution largement votée. L’événement a enclenché une série de réactions en chaîne, impliquant l’armée et créant une situation politique inédite.
Une destitution votée à la majorité, malgré la dissolution surprise de l’Assemblée
Ce 14 octobre 2025, les députés malgaches réunis en session extraordinaire ont voté à 130 voix sur 161 la destitution du président Andry Rajoelina, accusé d’abandon de poste. Le vote est intervenu quelques minutes seulement après l’annonce présidentielle de la dissolution de l’Assemblée nationale, justifiée par des « consultations avec les chefs parlementaires ».
Cette coïncidence temporelle pose un problème d’interprétation juridique : la dissolution, annoncée avant le vote, devait-elle invalider la session parlementaire ? Pour les députés, la réponse est claire. Ils ont poursuivi leur action, jugeant le décret de dissolution illégitime ou du moins inopérant dans l’immédiat. Ce choix de maintenir le vote malgré la décision présidentielle traduit un refus manifeste de reconnaître l’autorité du chef de l’État, dans un contexte où les institutions peinent à trouver des garde-fous constitutionnels clairs.
À travers ce bras de fer, deux légitimités s’affrontent : celle du président élu et celle de la représentation parlementaire, qui estime que le chef de l’État a déserté ses responsabilités. Le recours à la procédure de destitution, rare et symboliquement forte, illustre l’intensité de la défiance institutionnelle.
La fuite du président, l’armée qui bascule et l’avenir institutionnel incertain
Dans les heures ayant suivi la destitution, les signaux se sont multipliés, témoignant d’un effondrement de l’équilibre entre les pouvoirs. Andry Rajoelina aurait quitté le territoire, invoquant des raisons de sécurité, tout en affirmant depuis l’étranger qu’il restait président en exercice. Cette double posture fragilise encore davantage la lisibilité de la situation.
Dans ce vide de pouvoir, le CAPSAT, une unité influente de l’armée, a annoncé prendre le contrôle du pays, assurant vouloir rétablir l’ordre constitutionnel et garantir la stabilité. Ce développement confirme le basculement de la crise d’un terrain juridique à une dimension militaire. Cette prise de position place les forces armées comme acteurs centraux d’un nouveau cycle de transition politique, sans que les modalités de cette transition ne soient encore définies.
L’armée n’a pas explicitement contesté la destitution votée par l’Assemblée. Elle n’a pas non plus validé la dissolution décrétée par le président. Ce flou ouvre la voie à des interprétations multiples : coup d’État militaire, transition provisoire, mise sous tutelle des institutions civiles ? Le pays entre dans une zone grise institutionnelle, dans laquelle l’incertitude prime sur la légalité.
Sur la scène internationale, les réactions restent mesurées, à l’image du soutien modéré exprimé par la France à travers des propos de principe sur la démocratie et la stabilité. Les partenaires régionaux observent avec prudence l’évolution des rapports de force, laissant entrevoir un scénario où la résolution viendrait d’un arbitrage interne plus que d’une pression extérieure.
L’enjeu désormais réside dans la capacité des acteurs politiques et militaires à construire un processus de sortie de crise. Faute de quoi, le Madagascar risque une nouvelle phase de paralysie institutionnelle, doublée d’un discrédit durable vis-à-vis de ses partenaires.




