Abidjan : le mythique marché du mercredi de Treichville démoli

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À Abidjan, la démolition du marché du mercredi Treichville, l’une des friperies les plus emblématiques de Côte d’Ivoire, provoque une forte vague d’émotion. Cette opération, menée par le district autonome d’Abidjan, s’inscrit dans une politique de restauration de l’ordre urbain. Toutefois, elle laisse des dizaines de petits commerçants sans activité et alimente un débat national sur l’impact social des déguerpissements.

Pourquoi le marché du mercredi Treichville a-t-il été démoli ?

La destruction du site fait partie d’une stratégie d’aménagement urbain et d’assainissement. Cependant, de nombreux commerçants dénoncent un manque d’information et de dialogue préalable. Cette situation crée un climat de frustration et d’incompréhension.

Une opération de déguerpissement menée au nom de l’ordre urbain

Le district autonome d’Abidjan explique que la démolition du marché du mercredi Treichville vise à réaménager une zone commerciale stratégique et améliorer la salubrité. Le site occupait un espace central, proche du boulevard Félix Houphouët-Boigny, l’une des principales artères de la capitale économique.

Selon les autorités, cette action s’inscrit dans un programme plus large de lutte contre l’occupation anarchique de l’espace public. Le marché avait déjà fait l’objet d’une évacuation partielle en 2017, avant les Jeux de la Francophonie. Ainsi, les responsables affirment que le projet de restructuration ne date pas d’hier. Leur objectif reste de moderniser la ville et de renforcer son attractivité économique.

Une démolition contestée par les commerçants

En revanche, de nombreux vendeurs affirment ne pas avoir reçu d’avertissement clair ou formel. L’intervention, menée en partie de nuit, a surpris plusieurs commerçants. Beaucoup ont tenté de récupérer leurs marchandises dans l’urgence, souvent sans succès.

Akissi, vendeuse depuis près de 20 ans, raconte que des années de travail ont été réduites à néant. Elle estime ses pertes à plusieurs millions de francs CFA. Une partie de sa marchandise aurait été volée, tandis que le reste a été détruit. Pour elle et ses collègues, ce déguerpissement représente un choc économique brutal et une rupture de leur principale source de revenus.

Quel impact social et économique après la destruction du marché ?

Au-delà des ruines, la disparition du marché soulève des enjeux humains majeurs. En effet, le marché du mercredi Treichville constituait un pilier du commerce populaire et de la friperie locale.

A DECOUVRIR AUSSI : Côte d’Ivoire : la crise du cacao paralyse les producteurs

Un symbole de la friperie et du commerce populaire à Abidjan

Le marché du mercredi était une institution du « cassé balle », terme ivoirien désignant la vente de vêtements de seconde main issus de ballots importés. Chaque semaine, des centaines de familles abidjanaises s’y rendaient pour acheter des habits, des chaussures ou des jouets à prix abordables.

Ce marché jouait un rôle central dans l’économie informelle locale. Il permettait à de nombreux ménages de s’habiller à moindre coût. Aujourd’hui, il ne reste que verre brisé, gravats et structures métalliques arrachées. Pendant ce temps, certains habitants fouillent encore les décombres dans l’espoir de récupérer des vêtements ou des objets revendables.

Des commerçants en détresse et en quête de solutions

À quelques mètres des ruines, plusieurs fripières s’installent désormais sans activité. Elles expriment leur désarroi et leur inquiétude face à l’avenir. Clarisse, mère de famille, explique que son foyer dépendait entièrement de son commerce. Or, les loyers à Abidjan atteignent parfois 200 000 à 300 000 francs CFA par mois, rendant la situation encore plus difficile.

Ces commerçants réclament un dialogue avec le ministre-gouverneur du district d’Abidjan, Ibrahim Bacongo Cissé. Ils espèrent obtenir une compensation financière, un site de relogement ou un accompagnement pour relancer leur activité. En attendant, beaucoup se retrouvent sans espace de travail, sans revenu stable et dans une grande précarité.

Alors qu’Abidjan poursuit sa transformation urbaine, la disparition du marché du mercredi Treichville met en lumière le fragile équilibre entre modernisation, justice sociale et protection des moyens de subsistance des populations les plus vulnérables.

Loick ADEGBOLA
Loick ADEGBOLAhttps://zyafrik.com
Rédacteur spécialisé dans l'actualité africaine, je traite des dimensions politique, économique, culturelle et technologique du continent. À travers mes articles, je mets en lumière les dynamiques qui redessinent l'Afrique d'aujourd'hui et de demain.

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