Kigali accueille cette année un événement inédit : les Championnats du monde de cyclisme sur route, du 21 au 29 septembre 2025. Pour la première fois, la compétition phare de l’Union cycliste internationale (UCI) se déroule sur le continent africain. Avec la participation de 36 nations, un record, ces Mondiaux symbolisent une étape importante pour le développement du cyclisme au Rwanda et plus largement en Afrique. Mais derrière l’enthousiasme, le niveau sportif révèle encore un profond décalage avec les standards mondiaux.
Une participation historique, mais des résultats décevants
Lors de l’ouverture, le président de l’UCI, David Lappartient, a salué « une ligne de départ plus qu’une ligne d’arrivée » pour le cyclisme africain. Il a souligné que « sans courses locales, nationales et internationales, il n’y aura pas de champions ». Les chiffres confirment ce constat : lors du contre-la-montre junior, le premier Africain, un Sud-Africain, n’a terminé qu’à la 20ᵉ place, tandis que le Béninois Exodus Saïzonou s’est classé 63ᵉ, à plus de sept minutes du vainqueur.
Chez les femmes U23, la situation est encore plus préoccupante : aucune des 22 coureuses africaines engagées n’a franchi la ligne d’arrivée. La Tunisienne Alma Abroud, pionnière pour son pays, a expliqué avoir été contrainte à l’abandon dès le deuxième tour, faute de préparation suffisante.
Le constat sévère des fédérations africaines
Au-delà des résultats sportifs, plusieurs voix s’élèvent pour dénoncer un manque structurel. Romuald Hazoumé, président de la Fédération béninoise de cyclisme, appelle les pays africains à « prendre leurs responsabilités ». Selon lui, « le vélo n’a pas d’avenir en Afrique sauf si nous, Africains, prenons nos responsabilités. On a du talent partout, mais s’il n’y a pas de compétitions, on fait quoi ? ».
Il rappelle que certains pays n’organisent aucune course nationale, contrairement à l’Érythrée où des épreuves ont lieu chaque semaine. Preuve du potentiel, l’Érythréen Nahom Efriem s’est classé 11ᵉ lors de la course des juniors, tandis que son compatriote Biniam Girmay, star du peloton international, défend l’idée que « le talent ne suffit pas, il faut discipline et travail ».
Les perspectives pour le cyclisme au Rwanda et en Afrique
Les témoignages des athlètes confirment la fragilité de la filière. « Je n’ai presque pas de compétition à la maison », confiait la Camerounaise Therese Diamela Obiloma Buana, évoquant parfois six mois sans course. De son côté, Lappartient a insisté sur l’importance de former entraîneurs et mécaniciens, mais aussi de faciliter l’accès au matériel, inexistant dans certains pays.
Si ces Mondiaux au Rwanda constituent une victoire symbolique pour l’Afrique, ils révèlent aussi l’ampleur du chemin à parcourir. La dynamique enclenchée pourrait marquer un point de départ vers une meilleure structuration. Mais sans soutien institutionnel et sans compétitions régulières, l’écart avec l’élite mondiale risque de perdurer. Le cyclisme au Rwanda, vitrine de ce renouveau, doit désormais inspirer une stratégie continentale durable.




