Dette record, pouvoir d’achat sous pression et tensions politiques : la feuille de route du Premier ministre sénégalais est très attendue. Ahmadou Al Aminou Lô doit présenter ce mardi 8 septembre sa déclaration de politique générale devant l’Assemblée nationale.
La feuille de route du Premier ministre sénégalais face à la dette
La feuille de route du Premier ministre sénégalais sera d’abord scrutée sur les finances publiques. Ahmadou Al Aminou Lô doit expliquer comment son gouvernement compte traiter une dette devenue l’une des principales vulnérabilités économiques du pays.
Le Sénégal vient de franchir une étape importante avec le Fonds monétaire international. Le 1er septembre, les deux parties ont conclu un accord au niveau des services autour d’un programme de 2,2 milliards de dollars sur 36 mois. Il doit encore recevoir l’approbation de la direction et du conseil d’administration du FMI.
En échange, Dakar s’engage à restaurer la viabilité de ses finances publiques, améliorer la gestion de la dette et renforcer la surveillance des arriérés et des entreprises publiques. Le gouvernement a également annoncé son intention de rechercher un traitement de sa dette.
L’urgence est réelle. En intégrant les entreprises publiques et les arriérés, la dette sénégalaise atteignait environ 131 % du PIB fin 2024. Le pays avait révélé plus de 11 milliards de dollars d’engagements auparavant mal déclarés.
La pression des marchés s’est encore accentuée le 4 septembre. S&P a abaissé la note souveraine en devises du Sénégal de CCC+ à CC, jugeant extrêmement probable une restructuration entraînant des pertes pour certains créanciers.
La vie chère complique le redressement budgétaire
Le Premier ministre ne pourra toutefois pas parler uniquement aux créanciers. Dans la rue, les Sénégalais attendent surtout des réponses sur leur quotidien.
La vie chère domine actuellement le débat public. Une manifestation organisée à Dakar le 6 septembre a notamment remis au premier plan les prix alimentaires, les loyers, l’électricité et le pouvoir d’achat.
Bassirou Diomaye Faye a demandé au gouvernement de faire de ces préoccupations une priorité. Le Conseil des ministres du 2 septembre a insisté sur la maîtrise des prix des produits et services courants ainsi que sur la régulation des loyers.
Le gouvernement prévoit également d’accélérer le ciblage des subventions et de verser les bourses de sécurité familiale au plus tard fin septembre. L’audit des arriérés intérieurs doit, lui, permettre de commencer leur paiement avant la fin de l’année, en donnant la priorité aux créances des TPE, PME et PMI.
Toute la difficulté se trouve là.
Assainir les finances publiques exige de contrôler les dépenses et de mieux cibler les aides. Mais une réduction trop brutale des soutiens publics pourrait aggraver les difficultés des ménages. Le Premier ministre doit donc démontrer que redressement budgétaire et protection sociale peuvent avancer simultanément.
Le FMI affirme d’ailleurs que le programme négocié doit permettre d’accroître les dépenses sociales tout en restaurant la stabilité macroéconomique.
Face à Sonko, le discours devient un test politique
La déclaration de politique générale possède enfin une dimension politique inhabituelle.
Ahmadou Al Aminou Lô a succédé à Ousmane Sonko à la Primature. Or ce dernier préside désormais l’Assemblée nationale devant laquelle le nouveau chef du gouvernement doit défendre son programme.
Plusieurs dossiers cristallisent les divergences entre l’exécutif et la majorité parlementaire : traitement de la dette, coût de la vie, gouvernance des entreprises publiques, contrats de l’État ou encore calendrier électoral.
Le rendez-vous institutionnel devient ainsi un face-à-face indirect entre les deux pôles du pouvoir sénégalais.
Ahmadou Al Aminou Lô devra montrer qu’il possède sa propre méthode tout en défendant la ligne de Bassirou Diomaye Faye. Le gouvernement a déjà fixé plusieurs échéances : loi de finances rectificative, règlement progressif des arriérés et finalisation du projet de budget 2027 avant la fin septembre.
Sa déclaration doit désormais transformer ces mesures techniques en projet politique lisible.
La feuille de route du Premier ministre sénégalais sera donc jugée sur un équilibre difficile. Ahmadou Al Aminou Lô doit convaincre les créanciers que Dakar peut remettre ses comptes en ordre, tout en persuadant les Sénégalais que ce redressement ne se fera pas au détriment de leur pouvoir d’achat.




