Xénophobie en Afrique du Sud : 274 réfugiés évacués de Durban vers Lindela

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Après près de quatre mois passés sur un trottoir de Durban pour échapper aux violences xénophobes, 274 réfugiés et demandeurs d’asile ont rejoint mardi 15 septembre le centre de Lindela, près de Johannesburg. Tous avaient été contrôlés par les autorités sud-africaines et disposaient d’un statut régulier, ce qui distingue leur situation de celle des migrants sans papiers habituellement envoyés dans ce centre.

Des familles chassées de chez elles après des menaces xénophobes

Le campement de Che Guevara Road s’était constitué à partir du 22 mai. Des ressortissants étrangers, principalement originaires de République démocratique du Congo (RDC), du Burundi et du Rwanda, avaient quitté leurs logements et parfois leurs commerces après des menaces, des agressions et des opérations menées par des mouvements hostiles à l’immigration.

Ils s’étaient installés devant le Refugee Reception Centre du ministère sud-africain de l’Intérieur. Leur présence dans la rue ne résultait donc pas d’une découverte de leur situation irrégulière. Les services d’immigration avaient au contraire vérifié leurs documents. En juillet, GroundUp rapportait déjà que le groupe refusait l’accès au campement aux personnes incapables de démontrer qu’elles séjournaient légalement dans le pays.

La situation humanitaire s’est progressivement détériorée pendant l’hiver austral. Enfants, femmes et personnes âgées ont dormi pendant plusieurs semaines sur le trottoir, exposés au froid et à la pluie. Des associations et des bénévoles assuraient une partie de l’approvisionnement en nourriture, eau, vêtements et médicaments.

Les violences de septembre accélèrent leur départ de Durban

Les tensions ont franchi un nouveau seuil début septembre. Le mouvement anti-immigration March and March a organisé une opération de « nettoyage » autour du campement le 3 septembre. Certains participants étaient munis de bâtons et de sjamboks, des fouets traditionnellement utilisés en Afrique australe.

Des affrontements ont éclaté malgré la présence de la police. Plusieurs réfugiés ont été blessés et quatre ont dû être hospitalisés, selon GroundUp. La police a utilisé des balles en caoutchouc et des grenades assourdissantes pour disperser la foule.

Ces événements ont pesé sur la décision de certains réfugiés d’accepter un transfert vers Lindela. « Je ne sais pas comment une personne peut mobiliser des gens pour nous haïr de cette manière », a déclaré Wivine Bahati, une femme née en Afrique du Sud dans une famille originaire de RDC, avant de monter dans l’un des bus.

274 personnes transférées, mais environ 150 restent à Durban

Le gouvernement avait initialement annoncé le transfert de 278 personnes vers le Lindela Repatriation Centre, à Krugersdorp, dans la province de Gauteng. Le ministère de l’Intérieur affirmait que cette solution avait été retenue après des consultations avec les communautés concernées.

Le bilan communiqué après le départ est légèrement inférieur. Cyril Mncwabe, responsable provincial du ministère de l’Intérieur au KwaZulu-Natal, a confirmé que 274 personnes avaient finalement pris la route de Lindela. Cinq bus ont quitté Durban mardi matin pour un trajet d’environ huit heures. L’organisation humanitaire Gift of the Givers a fourni nourriture, produits d’hygiène et protections périodiques aux voyageurs.

Tous n’ont cependant pas accepté cette solution. Environ 150 personnes ont préféré rester à Durban. Certaines ont été orientées vers Stella Park, dans le quartier de Glenwood, tandis que des organisations humanitaires tentent de leur trouver des solutions d’hébergement ou de réintégration.

Lindela, une destination qui inquiète une partie des réfugiés

Le choix de Lindela reste controversé. Le site est avant tout un centre de rapatriement utilisé pour accueillir des étrangers en situation irrégulière avant leur expulsion. Or les personnes déplacées de Durban disposent, elles, de documents validés par les autorités.

Avant le transfert, Raphael Bahebwa, représentant de réfugiés congolais, avait expliqué que plus de 250 personnes refusaient initialement Lindela, qu’il décrivait comme un lieu associé à la détention et aux violations des droits humains. Le nombre de candidats au départ a finalement augmenté à mesure que la situation à Durban devenait intenable.

Le gouvernement sud-africain présente deux voies principales aux personnes concernées : retourner dans les quartiers où elles vivaient auparavant ou passer par Lindela. Pretoria indique également poursuivre ses discussions avec le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) afin d’étudier d’éventuelles possibilités de réinstallation dans un pays tiers.

L’évacuation met fin au campement de Che Guevara Road, mais pas à la crise. Pour les centaines de personnes déplacées, la question centrale demeure celle d’une solution durable leur permettant de vivre en sécurité en Afrique du Sud ou ailleurs, sans être assimilées à des migrants clandestins alors que leur présence dans le pays a été reconnue comme régulière.

Loick ADEGBOLA
Loick ADEGBOLAhttps://zyafrik.com
Rédacteur spécialisé dans l'actualité africaine, je traite des dimensions politique, économique, culturelle et technologique du continent. À travers mes articles, je mets en lumière les dynamiques qui redessinent l'Afrique d'aujourd'hui et de demain.

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