Football : en Afrique, qui aide Gianni Infantino à verrouiller la présidence de la FIFA ?

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Contesté en Europe et désormais lâché par la Fédération française de football, Gianni Infantino reste en position favorable pour conserver la présidence de la FIFA en mars 2027. L’Afrique, avec ses 54 fédérations, constitue l’un des piliers du réseau électoral construit par le dirigeant depuis dix ans.

L’Afrique pèse 54 voix dans l’élection à la FIFA

À la FIFA, le poids électoral ne dépend ni de la richesse d’une fédération ni de ses résultats sportifs. Chacune des 211 associations membres dispose d’une voix. Les 54 fédérations africaines représentent donc plus du quart du corps électoral et constituent un bloc incontournable pour tout candidat.

Infantino connaît parfaitement cette mécanique. Depuis son arrivée à la tête de la FIFA en 2016, il a développé des relations étroites avec de nombreux dirigeants africains et multiplié les déplacements sur le continent. Le système FIFA Forward, qui redistribue des fonds aux fédérations pour financer infrastructures et développement du football, contribue également au poids institutionnel de la FIFA auprès des associations nationales.

Reuters estime désormais qu’Infantino dispose de suffisamment de soutiens pour envisager sa réélection avec confiance. Outre l’Afrique, il conserve des appuis importants en Océanie, en Amérique du Sud et parmi de nombreuses petites fédérations.

Lekjaâ, Motsepe et Abo Rida au cœur de son réseau africain

Au Maroc, Fouzi Lekjaâ apparaît comme un allié particulièrement important. Le président de la Fédération royale marocaine de football siège au Conseil de la FIFA et dispose d’une influence croissante dans les instances continentales. Le royaume accueillera justement à Rabat le congrès électif de 2027.

Autre personnalité centrale, le Sud-Africain Patrice Motsepe dirige la Confédération africaine de football depuis 2021. Sa présidence a été soutenue dès l’origine par Infantino, qui avait favorisé un compromis entre plusieurs candidats africains avant l’élection. Les relations entre la CAF et la FIFA restent depuis particulièrement étroites.

L’Égyptien Hany Abo Rida, président de la Fédération égyptienne et membre du Conseil de la FIFA, figure lui aussi parmi les relais influents. Au Cameroun, Samuel Eto’o a également affiché sa proximité avec Infantino. Ces soutiens ne signifient cependant pas que les 54 fédérations africaines voteront automatiquement de la même manière. Le scrutin reste individuel et secret.

L’Europe se retourne contre Gianni Infantino

Cette assise africaine devient d’autant plus précieuse que la situation s’est détériorée en Europe. Le 10 septembre, la Fédération française a retiré à l’unanimité son soutien à la candidature d’Infantino. La France l’avait pourtant appuyé depuis son arrivée à la FIFA et Philippe Diallo avait encore signé une lettre de soutien le 29 juin.

Le président de la FFF explique cette rupture par plusieurs controverses, notamment le projet FIFA Forward Enterprise. Infantino souhaitait créer une société commerciale et ouvrir une partie des activités liées aux compétitions de la FIFA à des investisseurs privés. Le projet a finalement été abandonné le 1er août après une forte opposition.

Philippe Diallo dénonce désormais « les excès d’une forme de dérive financière ». Selon lui, Infantino est devenu « un facteur de division » et a « nui gravement à l’image du football ». La France rejoint ainsi une fronde européenne déjà alimentée par plusieurs fédérations et par les tensions entre la FIFA et l’UEFA.

Aucun adversaire crédible ne se dégage pour le moment

Cette opposition européenne ne suffit pourtant pas à faire tomber le président sortant. Le principal problème de ses adversaires reste l’absence d’un candidat capable de rassembler plusieurs confédérations.

Selon Reuters, plusieurs personnalités évoquées ces derniers mois ne souhaitent pas se lancer. Nasser Al-Khelaïfi, président du Paris Saint-Germain, et Victor Montagliani, patron de la Concacaf, ont notamment écarté une candidature. La date limite pour se présenter est fixée au 18 novembre.

Face à cette situation, certains opposants réfléchissent davantage à limiter les pouvoirs du président qu’à le battre directement. Ils souhaitent renforcer les contre-pouvoirs, la transparence et le contrôle des grandes décisions commerciales de la FIFA.

Une précision s’impose enfin sur la date du scrutin. Contrairement au 27 mars mentionné dans certaines présentations du sujet, les informations officielles de la Fédération française situent l’élection au 18 mars 2027 à Rabat.

Le paradoxe est donc saisissant. Gianni Infantino traverse l’une des plus fortes contestations de sa présidence, mais son architecture électorale internationale demeure solide. L’Afrique ne constitue pas à elle seule une garantie de victoire, mais ses 54 voix et les relais qu’Infantino y a consolidés pourraient peser lourd si aucun adversaire capable de fédérer les mécontents n’émerge avant novembre.

Loick ADEGBOLA
Loick ADEGBOLAhttps://zyafrik.com
Rédacteur spécialisé dans l'actualité africaine, je traite des dimensions politique, économique, culturelle et technologique du continent. À travers mes articles, je mets en lumière les dynamiques qui redessinent l'Afrique d'aujourd'hui et de demain.

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