La réglementation des actifs virtuels en Afrique évolue rapidement, mais le continent reste divisé entre pays qui organisent désormais leur marché et États qui maintiennent une interdiction. En 2026, l’Afrique du Sud, Maurice ou le Nigeria disposent de cadres relativement avancés, tandis que l’Algérie, l’Égypte et le Maroc conservent des positions beaucoup plus restrictives.
Afrique du Sud, Maurice et Namibie ont choisi l’encadrement
L’Afrique du Sud figure parmi les juridictions africaines les plus avancées. Les prestataires de services sur crypto-actifs doivent obtenir une autorisation de la Financial Sector Conduct Authority (FSCA) avant de proposer leurs services. L’autorité publie également une liste des opérateurs agréés, ce qui rapproche progressivement le secteur des règles applicables aux autres services financiers.
Maurice a adopté une approche encore plus structurée. Son Virtual Asset and Initial Token Offering Services Act est entré en vigueur en février 2022. Il impose une licence aux plateformes d’échange, courtiers, dépositaires, fournisseurs de portefeuilles et autres prestataires. Plusieurs catégories de licences sont prévues par la Financial Services Commission.
La Namibie a suivi avec son Virtual Assets Act de 2023. Le texte place les prestataires sous la surveillance de la Banque de Namibie et encadre notamment les licences, la conservation des actifs, la cybersécurité et la protection des clients. Le Botswana dispose lui aussi, depuis 2022, d’une loi spécifique réglementant les prestataires et les émissions de jetons.
Nigeria, Kenya et Ghana accélèrent leur réglementation
Le Nigeria a profondément clarifié son approche. L’Investments and Securities Act de 2025 reconnaît expressément les actifs virtuels et numériques parmi les investissements soumis à la supervision de la Securities and Exchange Commission. La SEC encadre les plateformes d’échange, la conservation et d’autres services liés aux actifs numériques.
Le régulateur continue d’intégrer des opérateurs dans son programme d’incubation accélérée. En août 2026, trois nouveaux prestataires ont reçu une approbation de principe, qui ne constitue toutefois pas encore une licence définitive. La SEC exige par ailleurs jusqu’à 2 milliards de nairas de capital minimum pour certaines activités comme les exchanges et les services de conservation.
Le Kenya a lui aussi changé d’échelle. Son Virtual Asset Service Providers Act est entré en vigueur en novembre 2025. Des règles d’application ont ensuite été élaborées en 2026 afin d’encadrer les licences, la lutte contre le blanchiment, la cybersécurité et la conduite des prestataires.
Au Ghana, le Virtual Asset Service Providers Act, 2025 pose désormais les bases d’un système de licences. La Banque du Ghana estime que l’écosystème national compte plus de 3 millions d’utilisateurs et a créé une structure dédiée à sa supervision. Les actifs virtuels ne deviennent pas pour autant une monnaie ayant cours légal.
Algérie, Égypte et Maroc restent très restrictifs
À l’autre extrémité du spectre, l’Algérie maintient une interdiction claire. La législation interdit depuis 2018 « l’achat, la vente, l’utilisation et la détention » de monnaies virtuelles. En 2025, la Banque d’Algérie a encore publié des lignes directrices demandant aux établissements financiers d’identifier et de bloquer les opérations liées aux actifs virtuels.
L’Égypte conserve également un régime particulièrement strict. La Banque centrale rappelle que la loi n°194 de 2020 interdit l’émission, le commerce et la promotion des cryptomonnaies ainsi que l’exploitation de plateformes liées à ces activités sans cadre autorisé. Aucun opérateur crypto n’a été agréé par la banque centrale dans ce domaine.
Le Maroc constitue un cas à surveiller. Malgré l’élaboration d’un projet de loi sur les crypto-actifs, les autorités ont rappelé le 10 août 2026 que l’utilisation des monnaies virtuelles demeurait « non autorisée ». Bank Al-Maghrib, l’AMMC et l’Office des Changes maintiennent donc leur interdiction dans l’attente d’un éventuel nouveau cadre juridique.
De nombreux pays restent encore dans une zone intermédiaire
L’absence de loi spécifique ne signifie ni interdiction automatique ni autorisation générale. C’est notamment un enjeu dans l’UEMOA, où la BCEAO encadre strictement les paiements et la monnaie électronique sans avoir encore mis en place un régime comparable à ceux de Maurice ou de l’Afrique du Sud pour les prestataires de crypto-actifs. En mai 2026, elle a consacré une conférence internationale aux défis réglementaires posés par les crypto-actifs et les stablecoins.
La tendance africaine va néanmoins vers davantage de réglementation plutôt que vers une interdiction générale. Les prochaines évolutions dépendront surtout de la mise en œuvre effective des licences, des règles anti-blanchiment et de la capacité des autorités à surveiller des plateformes souvent établies hors de leurs frontières.




