La CEDEAO maintient officiellement 2027 pour le lancement de la monnaie Eco et juge encore cet objectif « réalisable ». Mais à moins d’un an de l’échéance, les données de convergence montrent qu’un lancement limité à quelques pays paraît beaucoup plus crédible qu’une véritable monnaie unique pour les douze États membres.
La CEDEAO maintient le lancement de l’Eco en 2027
Les dirigeants ouest-africains ont réaffirmé leur calendrier lors du sommet de Lungi, en Sierra Leone, le 19 juillet 2026. Ils ont toutefois introduit une évolution majeure : la monnaie Eco sera lancée progressivement, en commençant par les pays qui remplissent les critères de convergence et se déclarent prêts à participer.
Cette stratégie a encore été confirmée début septembre. Réunis le 7 septembre, les ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales ont examiné les conditions restant à remplir. Le Conseil de convergence a estimé que 2027 restait accessible et demandé la convocation rapide du groupe de travail présidentiel pour accélérer les préparatifs.
Le changement est important. La CEDEAO ne conditionne plus le premier lancement à une adoption simultanée par l’ensemble de ses membres. Cette approche à plusieurs vitesses augmente mécaniquement les chances de voir apparaître une première version de l’Eco en 2027.
Les critères de convergence restent le principal obstacle
Sur le plan économique, le retard reste pourtant considérable. Le pacte de convergence fixe quatre critères principaux : déficit budgétaire inférieur ou égal à 3 % du PIB, inflation annuelle moyenne limitée à 5 %, financement du déficit par la banque centrale plafonné et réserves extérieures représentant au moins trois mois d’importations.
Le dernier rapport détaillé publié par la CEDEAO et l’Agence monétaire de l’Afrique de l’Ouest donne la mesure du problème. En 2024, seuls le Bénin et le Cap-Vert avaient respecté simultanément les quatre critères principaux. Six pays en avaient atteint au moins trois. Les projections prévoyaient quatre pays conformes aux quatre critères en 2025.
Or, le cadre adopté en 2021 prévoyait qu’une majorité d’États respecte durablement ces critères durant les trois dernières années de la phase de convergence, soit entre 2024 et 2026, avant l’entrée dans la phase de stabilité en 2027.
Pris à la lettre, cet objectif paraît désormais difficilement compatible avec les performances enregistrées en 2024. La formule progressive retenue en juillet permet donc surtout à la CEDEAO de contourner cet obstacle pratique sans abandonner la date politique de 2027.
Deux architectures monétaires doivent encore être rapprochées
La convergence des chiffres n’est pas le seul défi. Les douze pays de la CEDEAO évoluent sous des régimes monétaires très différents. Le Nigeria, le Ghana, la Guinée, la Gambie, le Liberia et la Sierra Leone disposent notamment de monnaies nationales, tandis que cinq membres de la CEDEAO utilisent le franc CFA de l’UEMOA.
Cette dernière configuration s’est encore complexifiée depuis le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la CEDEAO, devenu effectif le 29 janvier 2025. Ces trois États restent dans l’UEMOA et partagent donc toujours la même banque centrale et la même monnaie que le Bénin, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Sénégal et le Togo, qui demeurent membres de la CEDEAO.
Passer à l’Eco suppose ainsi de trancher des questions sensibles sur la future banque centrale, la politique de change, les réserves, la discipline budgétaire et l’articulation avec les institutions monétaires existantes. Dès mars 2025, la CEDEAO reconnaissait encore l’existence de plusieurs « obstacles » et de modalités pratiques à régler.
Une monnaie Eco en 2027, mais probablement à petite échelle
L’échéance de 2027 n’est donc plus totalement irréaliste. Elle devient crédible si le mot « lancement » désigne le démarrage d’une union monétaire restreinte réunissant seulement quelques États suffisamment convergents.
En revanche, remplacer dès 2027 les différentes monnaies de la CEDEAO par un Eco utilisé dans l’ensemble des douze pays paraît beaucoup moins probable. La décision de procéder par étapes reconnaît implicitement cette réalité.
Le véritable indicateur à surveiller sera désormais la composition du premier groupe de pays. Sans participants économiquement significatifs et sans architecture monétaire clairement arrêtée, 2027 pourrait rester davantage une étape politique qu’une révolution monétaire immédiatement perceptible pour les populations ouest-africaines.




