Face à une épidémie d’Ebola Bundibugyo qui continue de gagner du terrain en République démocratique du Congo, les autorités sanitaires revoient leur stratégie vaccinale. Faute de vaccin homologué contre cette souche, Ervebo, développé contre le virus Ebola Zaïre, pourrait être déployé plus largement dans les provinces les plus touchées, tandis que des essais cliniques doivent démarrer afin d’évaluer son efficacité réelle contre Bundibugyo.
Une stratégie fondée sur la protection croisée du vaccin Ervebo
À l’issue d’échanges entre Africa CDC et les autorités congolaises, la décision a été prise d’élargir l’utilisation d’Ervebo dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu, principaux foyers de l’épidémie.
Cette orientation repose sur des observations encourageantes. Des personnes vaccinées auparavant contre Ebola Zaïre sembleraient présenter une protection partielle contre la souche Bundibugyo, notamment face aux formes les plus graves de la maladie. Cette hypothèse reste toutefois à confirmer scientifiquement.
Des essais devraient ainsi débuter dans les prochaines semaines afin d’évaluer cette protection croisée. Selon les chercheurs impliqués dans la riposte, une première cohorte permettra de mesurer l’efficacité du vaccin avant d’envisager des études de plus grande ampleur. L’Organisation mondiale de la santé a d’ailleurs recommandé de faire d’Ervebo le candidat prioritaire pour un essai de phase 3 durant l’épidémie actuelle, son profil de sécurité étant déjà largement documenté.
Vaccination préventive et disponibilité des doses au cœur des prochains choix
Au-delà des essais cliniques, plusieurs responsables sanitaires plaident déjà pour une utilisation plus ambitieuse du vaccin. Le professeur Jean-Jacques Muyembe, directeur général de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB), propose la création d’un « rideau vaccinal » autour des provinces susceptibles d’être touchées par la propagation du virus, notamment la Tshopo et le Haut-Uélé.
Cette approche viendrait compléter la stratégie de vaccination en anneau, utilisée lors des précédentes flambées d’Ebola, qui consiste à immuniser les personnes ayant été en contact avec un malade confirmé ainsi que leurs contacts.
La réussite d’une telle campagne dépendra néanmoins des stocks disponibles. En RDC, environ 2 000 doses d’Ervebo sont actuellement accessibles. À l’échelle mondiale, Africa CDC indique qu’environ 500 000 doses sont disponibles. Gavi s’est engagé à mobiliser 40 millions de dollars afin de faciliter leur déploiement si cette stratégie est officiellement retenue, alors que le coût du vaccin est estimé à 98 dollars par dose.
En parallèle, plusieurs vaccins spécifiquement développés contre la souche Bundibugyo poursuivent leurs essais cliniques au Royaume-Uni et au Canada. Leur développement nécessitera encore plusieurs étapes avant une éventuelle utilisation opérationnelle. Dans l’immédiat, Ervebo apparaît comme la seule solution immédiatement mobilisable pour tenter de limiter la progression de l’épidémie.




